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Les hommes se survendraient et les femmes feraient preuve de trop d'autonomie, selon les cœurs à prendre.
L'amour n'a pas d'âge. Divorcés ou veufs, les anciens ne veulent pas vieillir seuls. Faute de trouver chaussure à leur pied dans leur quotidien, ils recourent aux petites annonces.
« Auprès de ma blonde, qu'il fait bon, fait bon, fait bon. Auprès de ma blonde qu'il fait bon dormir. » Les paroles de cette chanson, probablement écrite en 1704, restent d'actualité et cela quel que soit l'âge. En effet, l'allongement de la durée de la vie, une meilleure santé et des revenus souvent plus confortables que dans le temps confrontent les personnes âgées à une nouvelle situation : la recherche de l'amour.
Mais comme les plus jeunes, ils galèrent. Souvent après avoir exploré d'autres méthodes, certains décident de tenter leur chance en passant des petites annonces. Et là encore, tout n'est pas rose. D'un côté les hommes se survendraient. De l'autre, les femmes feraient preuve d'une trop grande indépendance.
« Oh, ils sont menteurs ! Ils racontent n'importent quoi! Et après, au fil des rendez-vous on s'en rend compte », déplore une dame. Âgée de 70 ans, elle habite Méricourt-sur-Somme. Veuve depuis onze ans, elle cherche un « monsieur » qui l'emmènera danser et plus, si affinités. Mais « plus » ne veut pas forcément dire la même chose selon que l'on soit un homme ou une femme. « Ils sont trop entreprenants », assure-t-elle.
Un habitant de Bray-sur-Somme reconnaît la surenchère de certains hommes. Il précise néanmoins que lors des rendez-vous, il « essaye d'être sincère. Mais je ne vais quand même pas tout déballer tout de suite. »
La perle rare
Selon lui, les hommes ne seraient pas les seules à aller trop vite, parfois. « Qu'est-ce qu'elles ont toutes à parler d'argent dès le premier rendez-vous ? », se demande ce divorcé. À 65 ans, il referait bien sa vie. Mais pas n'importe comment. « Une m'a demandé très vite de lui acheter une voiture, une autre m'a tout de suite dit qu'elle avait besoin de 3 000 € par mois ! Je cherche des sentiments. Quelqu'un avec qui finir mes jours et sur qui compter au quotidien. »
Mais la quête de sentiments a ses limites. « Pas contre l'autonomie », il ne veut pas d'une relation où chacun vit chez soi et ne partage le même toit que les fins de semaines. « J'ai rencontré des femmes bien et stables. Mais elles voulaient continuer à vivre dans leur maison. Je ne veux pas non plus quitter la mienne. Je suis attaché à mon secteur. »
Alors, en attendant de rencontrer la perle rare (il cherche depuis deux ans), il « passe le temps » avec une de ses rencontres. « Mais je ne promets rien et je ne m'engage pas. Je finirai bien par trouver. »
Une Albertine de 58 ans fait preuve de la même pugnacité. Elle avoue être poussée par « une certaine tristesse » et l'envie de rompre avec la solitude. Mais elle a ses exigences, parmi lesquelles une certaine prestance physique. « Je ne veux pas d'un fumeur, de quelqu'un qui boit ou qui dépend de moi financièrement. Mais de là à parler d'argent... ce n'est pas sérieux » « Pour l'instant (plusieurs années), il n'y a pas eu la petite étincelle. » « Pas idiote », elle fait partie des écorchés de la vie qui refusent d'abondonner leur maison. Elle déplore aussi les relations multiples. « Ils viennent, me disent qu'ils ont encore tant de rendez-vous. Qu'ils me rappelleront et puis plus rien.» Mais selon elle, la vie en zone rurale ne complique pas les choses. « J'ai des réponses de gens d'Amiens. Ils éprouvent aussi des difficultés à faire des rencontres au quotidien.»
Et la vision de la place de la femme n'a évolué que d'un côté. Un Albertin de 68 ans cherche plutôt une Cendrillon pour « s'occuper de la maison », qu'une princesse à qui déclarer sa flamme.
Les hommes viendraient-ils vraiment de Mars et les femmes de Vénus ?
CATHY GERIG