La société française est de plus en plus touchée par les inégalités
L’égalité entre les Français n’est pas réelle dans de nombreux cas. Archives jean Becker
La dernière enquête de l’Insee témoigne des inégalités qui existent entre les générations, selon qu’elles ont vécu une ou des crises ou réussi à « passer à travers les gouttes ».

Mieux vaut être vieux, riche et en bonne santé que jeune, pauvre et malade. Ainsi peut-on caricaturer la France de 2011. L’enquête de l’Insee est, heureusement, plus nuancée, mais elle confirme que les 65 millions de personnes qui vivent dans l’Hexagone sont loin d’être égales.

Selon le dossier intitulé « Les inégalités entre générations depuis le baby-boom », seuls les gens nés « jusqu’à la fin des années 1940 bénéficiaient d’un net progrès générationnel ». Selon cette analyse, « les conditions d’emploi étaient plus favorables à l’entrée sur le marché du travail, le niveau de vie augmentait régulièrement, l’accès était plus fréquent à l’éducation et à la propriété d’un logement ».

Mais, contrairement aux idées reçues, les enfants du baby-boom n’ont pas tous profité de cette période faste. « Ce progrès s’est fortement ralenti, voire interrompu à plusieurs égards, pour les générations des années 50 et 60. »

L’enquête de l’Insee rappelle quelques coups durs qui ont frappé de plein fouet les Français : les chocs pétroliers et les « périodes de conjoncture économique difficile ». Du milieu des années 70 à 1995, la situation a été tendue et a enclenché les mécanismes générateurs d’inégalité qui touchent l’ensemble de la population.

Si la France a profité du dynamisme de sa jeunesse — jusqu’en 1975, les moins de trente ans représentaient pratiquement la moitié de la population — elle subit aujourd’hui la baisse de la natalité et l’arrivée en masse des retraités.

Comme en attestent les réformes successives des retraites, les inégalités se creusent entre retraités, selon leur âge de cessation d’activité. La dernière réforme creuse davantage l’écart entre un baby-boomer né en 1950 et celui né en 1960. Tous deux ont vécu ce que l’on appelle parfois « l’âge d’or » et pourtant, ils ne vieilliront pas avec les mêmes facilités.

Autre inégalité, et de taille : celle qui touche le monde du travail. L’Insee note « une augmentation des difficultés d’emploi aux deux extrémités de la vie active à partir du début des années 1980 ».

D’une part, les jeunes ont été plus nombreux à suivre des études plus longues et, à l’autre bout de la chaîne, les « seniors » ont quitté de plus en plus tôt le monde du travail. Abaissement de l’âge de la retraite, mesures de préretraite sont autant d’explications. Il faut y ajouter le chômage qui touche ces deux catégories de Français.

L’Insee note qu’ « en 2009, parmi les individus âgés de 50 ans et plus, la proportion de chômeurs de plus d’un an s’élève ainsi à 52 %, contre 34 % pour les 25-49 ans ».

Histoire de plomber un peu plus l’ambiance, l’enquête prévoit que « les générations nées à partir des années 1960 connaîtront vraisemblablement une situation encore différente et peut-être plus difficile ».

Même la possession d’un diplôme n’est plus synonyme de niveau de vie en hausse. Si le diplômé peut espérer une entrée plus rapide dans le monde du travail qu’un jeune de son âge sans formation, son avenir demeure aléatoire. L’Insee note ainsi que le salaire des diplômés employés en entreprise ne progresse pas car celle-ci privilégie l’embauche de jeunes. L’Insee parle même de « déclassement professionnel des diplômés ».

Autre élément qui pèse sur les cadres : « les hausses du Smic se répercuteraient peu, sinon pas du tout, sur le haut de l’échelle des salaires ».

Dès lors, il n’y a rien d’étonnant à voir que le niveau de vie des Français oscille au rythme des crises et des reprises. L’Insee cite en exemple les 50-54 ans qui « avaient en 1996 le niveau de vie relatif le plus élevé ». Depuis, « leur avantage s’est érodé ». Et il apparaît nettement qu’en moyenne, les retraités nés au tout début du baby-boom apparaissent aujourd’hui comme des favorisés au regard de leurs cadets.

Dans ce calcul du niveau de vie, l’Insee confirme que le poids du logement est de plus en plus lourd. De ce point de vue, les plus de 60 ans qui ont bénéficié des bonnes conditions du marché sont, là aussi, gagnants.

le 07/07/2011 à 00:00 par Raymond Couraud

 

Source : www.lalsace.fr

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